Le processus de traduction

En anglais

Dans ce billet, je tente de décrire le processus de traduction et de démontrer que même si une des qualités d’une bonne traduction est son invisibilité (ce qui peut sembler tenir de la magie), le travail pour arriver à ce résultat n’a rien de magique.

J’ai eu l’occasion de traduire toutes sortes de documents, certains très intéressants, d’autres beaucoup moins. Mais peu importe qu’un texte soit bien écrit ou non, captivant ou non, le processus de traduction reste le même. C’est pourquoi j’ai plaisir à traduire autant l’un que l’autre. Bon d’accord, j’admets que si je pouvais traduire que des romans et de la littérature jeunesse, je serais aux anges. Mais que je traduise un guide d’avantages sociaux pour employés, la description d’un siège d’auto pour bébé ou un album illustré, le but reste le même : offrir une excellente version française, sinon une meilleure que l’original et le processus pour y arriver reste le même, alors qu’en est-il?

La première étape : la lecture du texte à traduire. Pendant cette lecture, je repère les difficultés, qu’il s’agisse de termes techniques nécessitant de la recherche, d’expressions idiomatiques difficiles à rendre en français, de l’adaptation d’un style, de l’uniformité de la terminologie à utiliser, etc. Mon cerveau se met en marche, c’est un peu comme faire des échauffements avant une course. Il s’agit d’une lecture très active qui exige un vif esprit d’analyse et une grande capacité de concentration. C’est d’ailleurs pour cela que les traducteurs relèvent si souvent des incohérences ou des erreurs dans le texte original.

Malheureusement, avec les délais de plus en plus serrés dans le monde de la traduction, cette première étape est souvent omise. Il est toujours possible de traduire sans tout lire et d’analyser le texte au fur et à mesure que l’on traduit. Cependant, prendre le temps de lire d’abord le texte de départ évite beaucoup de va-et-vient et des erreurs de compréhension et de sens pendant la traduction. Cela permet aussi de faire un premier jet de meilleure qualité, selon mon expérience.

La deuxième étape : la première ébauche de traduction. Traduire est une opération qui se fait lentement tout comme écrire. Pendant cette étape, je consulte plusieurs sources. Je dois parfois apprendre des choses que je ne connais pas du tout. Une fois que j’ai trouvé tous les bons termes, les bonnes cooccurrences, je reformule, ponctue, corrige, fais, défais et refais les phrases jusqu’à ce que je sois satisfaite. J’essaie de créer une première ébauche solide. La révision de mon texte me semblera plus facile et efficace si j’ai bien travaillé mon premier jet. J’essaie donc de laisser peu ou pas de questions en suspens ou de mots en anglais. Parfois, j’ai l’impression d’avoir fait un marathon, d’autres fois un 5 km ou encore un sprint de 100 m, peu importe, il y a une énorme dépense d’énergie pendant cette étape.

Alors voilà, la première ébauche a vu le jour. J’ai l’impression d’avoir fourni un travail intellectuel intense pour donner naissance à un nouveau texte! Le résultat me donne généralement un sentiment de satisfaction… jusqu’à ce que je le relise.

La troisième étape : la révision bilingue. Il s’agit d’un travail de moine. Je compare mon texte au texte de départ afin de m’assurer que je n’ai pas oublié une phrase ou pire un paragraphe ou une page. Je vérifie les nombres et l’orthographe des noms. Je suis à l’affût des fautes de sens. Je relis le français paragraphe par paragraphe en me concentrant sur la fluidité du texte, les répétitions, la syntaxe, la grammaire, l’orthographe. Je me préoccupe aussi du formatage (caractères gras, italiques…) J’utilise un correcteur (Antidote). Maintenant, le texte devrait être d’assez bonne qualité. Je comparerais cette étape soit à la course ou à la période de récupération, selon la difficulté du texte et la qualité de la première ébauche.

La dernière étape : la révision unilingue française. Il est très important pour cette étape de prendre un recul par rapport au texte. Si je n’ai pas le luxe de pouvoir laisser le texte de côté assez longtemps, j’essaie de m’éloigner du texte anglais en mettant ma casquette de lecteur unilingue francophone. Je tente d’oublier complètement le texte anglais, ce qui est difficile après l’avoir décortiqué. C’est pourquoi, lorsqu’il est possible de faire faire cette étape par un autre traducteur/réviseur, c’est encore mieux. Le nombre de changements que l’on peut apporter à cette étape est parfois surprenant. Tout ce qui sonne le moindrement anglais saute davantage aux yeux. Cependant, comme tout texte écrit, à un certain moment, il faut se satisfaire du texte produit dans les délais prescrits, car il y a toujours moyen d’apporter des améliorations.

Évidemment, ce processus n’est pas coulé dans le béton. Parfois, un premier jet rapide et approximatif suivi d’un plus grand travail de révision fonctionnera bien. Il y a aussi les travaux plus répétitifs faits avec une mémoire de traduction qui changent aussi la façon de travailler. Mais en général, toutes ces étapes sont importantes et effectuées, peu importe le texte traduit.

J’espère que ce billet sur la traduction démystifie un peu son processus. Et surtout, j’espère que lorsque vous lirez un document ou un livre et que vous aurez complètement oublié qu’il s’agit d’une traduction, vous saurez que bien que la qualité première d’une bonne traduction soit son invisibilité et cette invisibilité ne tient pas du tout de la magie, bien au contraire.